Juste une description à l’aide de la mémoire, celle d’une palissade de Carlos récouverte de papier peint sérigraphié et traversant la salle du bas de Red District en 2003 sur une quinzaine de mètres et trois de hauteur…
J’ai pensé : un maillage de sinusoïdales, une palpitation calme, un travelling pour les quatre murs dépliés d’une chambre de passe, un décor défilant dans une voiture à l’arrêt, c’est mon train qui part ou c’est celui d’à côté ?
J’ai pensé : on est embarqué. Posée en intrus en travers de la salle, la palissade hypnotique la transforme en passage, en voyage à l’intérieur de ma chambre. Nomadisme d’une boucle soulignée par deux ou trois fragments parcimonieux des Variations Goldberg, juste pour souligner le tricot ou que je me souvienne du mot galvaudé de Colette à propos de Bach : « la machine à coudre sublime ».
Là le maillage dansait. La gance ou l’électrocardiogramme diffusait sa vibration de hula up. Les modules de papier sérigraphié recelaient des harmoniques acides. Des morves sulfureuses empoisonnaient les petites fleurs. Il fallait que cette sieste soit un peu désagréable ou que le spectateur ressente le côté dangereux d’un doigtier aussi bien vaseliné.
J’avais tout ce qui me semble caractériser l’œuvre de Carlos. Son côté nomade, passe-frontière. La peinture se pose, elle atterrit. Le construit fragile, la maison cabanon, l’espace domestique un peu camping. Les couleurs de la mémoire et des yeux fermés. Une équivalence musicale, grandiose ou malicieuse, rappelant qu’il a hésité, dans sa jeunesse, entre la peinture et une carrière de pianiste. L’intérêt ancien et constant pour l’estampe. La causticité conjurant autant la catastrophe que mettant en péril l’édifice.
Frédéric Valabrègue
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